Rechercher
  • Institut Prométhée

La fin du concours SciencesPo : quel avenir pour les CEPs ?

Une vague d’inquiétude s’est emparé de certains lycéens du réseau éducation prioritaire dont les lycées sont en partenariat avec SciencesPo. Désormais, pour pouvoir bénéficier de la célèbre procédure dite CEP (convention éducation prioritaire), les candidats ne devront pas seulement provenir d’un établissement partenaire mais également être boursiers. Les boursiers de ces établissements seront les seuls à pouvoir bénéficier de cette voie d’admission particulière, mise en place par Richard Descoings. Ce changement s’inscrit dans une logique plus globale de réforme du concours de SciencesPo, qui a pour objectif de maximiser la diversité de son recrutement. Si c’est la procédure par examen qui est avant tout visée, elle n’est pas la seule à disparaître : il s’agirait de mettre en place une seule voie d’admission, via la plateforme Parcoursup, avec examen du dossier scolaire et un oral d’admission. Sciences Po entend également doubler le nombre de partenariats CEP avec des lycées de l’éducation prioritaire, pour compter 30 % de boursiers dans ses étudiants. Le Monde, rapportait ainsi les inquiétudes des professeurs mais aussi des jeunes de ces lycées, qui ne sont pas tous nécessairement boursiers.


Pour rappel, l’admissions à l’IEP se déroule en deux phases, d’admissibilité puis d’admission, avec trois procédures spécifiques. La procédure par examen permet de passer la première étape par des épreuves écrites (le traditionnel concours) ou par une sélection sur dossier. La procédure internationale, à destination des élèves d’autres pays se base sur une évaluation du dossier scolaire. Enfin, les Conventions Études Prioritaires donnent la possibilité à des jeunes de lycées du réseau éducation prioritaire, ayant établi un contrat avec Sciences Po de passer une épreuve de l’admissibilité spécifique grâce à des formations au sein de leurs établissements. Chaque élève admissible est enfin invité à passer un oral, à l’issue duquel il est ou non admis.


Ce changement n’est pas sans retentir au sein de la sphère de l’enseignement supérieur : les Sciences Po « en région » ont eux aussi pris en marche le train de la refonte de leur processus de sélection, à des degrés divers. Ainsi, alors que l’IEP de Bordeaux se dirige vers la suppression de son concours, ceux d’Aix-en-Provence, Lille, Lyon, Rennes, Saint-Germain-en-Laye, Strasbourg et Toulouse réunis dans un même concours vont le revisiter sans y mettre fin, mais en tenant compte du dossier scolaire. Pour finir Grenoble se donne le temps de réfléchir. Supprimer les épreuves écrites est censé donner plus d’importance à la personnalité de l’élève, de réduire les inégalités d’entrée dans ces prestigieuses écoles grâce à l’oral, visiblement considéré comme plus à même de sélectionner justement.


Mais ces ambitions se heurtent au maintien possible des discriminations du concours écrit, et ce malgré l’importance assignée à l’épreuve d’expression orale, dont les ressorts entretiennent les inégalités au même titre qu’un concours écrit pour le sociologue Pierre Merle, d’autant plus que les préparations privées proposent déjà des formations payantes aux entretiens d’admission.


La réforme de la sélection dans les Instituts d’Études Politiques pose ainsi la question de la signification de la diversité, mais aussi de la réalité des discriminations scolaires dans les processus d’admission sélectifs : suffit-il de recruter des boursiers pour élargir ses horizons ? Peut-on réellement gommer les inégalités grâce à un oral ? Il faudra attendre la rentrée 2021, lorsque ces nouvelles voies seront ouvertes, pour en juger.

0 vue